RiskAssur-hebdo
- Le magazine professionnel des Risques et des Assurances
page 27 - Numéro 428 du 18 décembre 2015
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Point de vue
La lutte contre les abus d’alcool et de tabac
a toujours du mal à passer
A
lors que l’alcool et le tabac font chaque
année, respectivement près de 49 000
et 78 000 morts en France, il est tou-
jours difficile, voire impossible, face aux lob-
byings qui défendent l’intérêt de la viticulture
et des buralistes, à faire passer des mesures
de santé publique, relatives à ces addictions.
La position des parlementaires est préoccu-
pante, alors que plusieurs études viennent de
rappeler les graves conséquences sanitaires
et financières des addictions à l’alcool et au
tabac.
Ainsi, l’économiste Pierre Kopp a estimé le
coût social du tabac et de l’alcool à 240 mil-
liards d’euros pour la société française.
Le dernier exemple, face à l’abus d’alcool, est les volontés
des députés d’assouplir une fois de plus, la loi Evin, enca-
drant la publicité sur les boissons alcoolisées.
Pour les parlementaires, il s’agit d’une clarification per-
mettant de mieux distinguer entre publicité et informa-
tion.
Pour les régions viticoles, il s’agit de pouvoir réaliser des
représentations, des descriptions, voire la toponymie des
régions et des zones de production, sans lesquelles il n’y
aurait plus de routes du vin, indispensables selon eux à
l’Œnotourisme et à la promotion du vin des territoires.
Dans son texte initial, la ministre de la Santé, Marisol Tou-
raine n’avait prévu que des mesures de lutte contre l’al-
coolisation massive des jeunes et s’était gardée de durcir
sur d’autres points une loi plusieurs fois rognée depuis
1991.
Pourtant, le lobbying des viticulteurs ne désarme pas et
la loi Evin devrait encore se vider, un peu plus, de sa subs-
tance.
Dans le domaine du tabac, le destin du paquet neutre ne
tenait qu’à un fil, alors que la ministre de la Santé avait
fondé tous ses espoirs, à tort ou à raison dans ce disposi-
tif, pour détourner des fumeurs de leur addiction.
Même si la chance est minime, s’agissant de santé pu-
blique, elle mérite d’être tentée, alors qu’inquiétés par
la proximité des élections régionales, de nombreux élus
se sont mobilisés pour soutenir les buralistes, dont ils re-
doutent l’influence sur les électeurs.
La ministre s’est impliquée à fond en appelant, croit-on sa-
voir, les députés, peu avant le scrutin, pour les convaincre
de faire passer le paquet neutre dans les faits.
Elle a eu gain de cause, à deux voix près, à 56 voix contre
54.
La France compte, selon l’Organisation de coopération et
de développements économiques, l’OCDE, parmi les pays
les plus mal placés, notamment en matière de consom-
mation d’alcool.
Avec 11,1 litres d’alcool consommé par habitant en
moyenne en 2013, les Français constituent l’un des plus
gros contingents de buveurs en son sein.
Une situation inquiétante qu’une partie de parlemen-
taires a choisi d’ignorer.