RiskAssur-hebdo
- Le magazine professionnel des Risques et des Assurances
page 29 - Numéro 400 du 24 avril 2015
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Point de vue
Nouveaux retards et surcoûts en perspective
à l’EPR de Flamenville
L
e rapport annuel de l’Autorité
de sûreté nucléaire, l’ASN sur
l’état de la sûreté et de la ra-
dioprotection en France, qui vient
d’être présenté par celui-ci, fait état
des anomalies de fabrication de la
cuve de l’EPR de Flamenville dans la
Manche.
Début avril, l’ASN a fait état de dé-
fauts sur cette pièce fabriquée par
Creusot Forge, filiale d’Areva dans
son usine de Chalon -Saint Marcel.
Ces défauts touchent à la fois le
couvercle et le fond de la cuve du
réacteur, conduisant à des valeurs
de résilience, c’est-à-dire à la ca-
pacité d’un matériau à résister à la
propagation de fissures, plus faible
qu’attendu.
Il s’agit a priori d’un diagnostic particulièrement alarmant
pour un équipement qui constitue le coeur de la chau-
dière nucléaire et qui doit pouvoir supporter de violents
chocs thermiques, sans faillir.
Dans l’immédiat, Areva et EDF ont annoncé une nouvelle
campagne d’essais de qualification, dont le résultat, at-
tendu à l’automne, sera expertisé par l’ASN et l’Institut
de radioprotection et de sûreté nucléaire, l’IRSN, sans
exclure de faire appel à des experts étrangers pour les
assister.
Rappelons que la durée de vie de la cuve du réacteur est
de 60 à 100 ans et si les nouveaux tests ne lèvent pas
les doutes sur la résistance de la cuve, il n’y a pas, pour
l’ASN, d’autre solution que de la changer et ce, quelles
que soient les conséquences de coût et de durée pour le
chantier.
La cuve incriminée, qui, mesure 13 mètres de haut, avec
son couvercle qui mesure 5 mètres de diamètre, a été po-
sée en janvier 2014 et se trouve au centre du bâtiment du
réacteur et elle est déjà raccordée et soudée aux tuyaute-
ries du circuit primaire de refroidissement.
Son éventuel remplacement entraînerait de nouveaux
retards et des surcoûts, alors que la mise en service de
l’EPR, prévu pour 2012, a déjà été reportée à 2017, tandis
que la facture initiale de 3,3 milliards est montée à 8,5
milliards d’euros.
Bien entendu, il est techniquement possible de rempla-
cer, si nécessaire, la cuve actuelle, avant la mise en ser-
vice de l’EPR, qui sera retardée d’autant.
Pour le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, il fau-
dra qu’on ait une conviction forte, une quasi-certitude,
une conviction absolue, sur la fiabilité de ce composant
crucial, avant de donner le feu vert à sa mise en service,
en ajoutant : « Je ne présage en aucune manière de la
décision qui sera prise, compte tenu de l’anomalie, que je
qualifie de sérieuse, voir de très sérieuse »
Ce qui pourrait signifier, dans son esprit, la condamnation
de l’EPR de Flamenville, fort de ce que dit l’Ecclésiaste «
Ce qui est tordu ne se redresse pas ».