RiskAssur-hebdo
- Le magazine professionnel des Risques et des Assurances
Abonnement gratuit sur
page 28 - Numéro 400 du 24 avril 2015
Point de vue
Au Japon c’est la justice
qui retarde la remise en service
des réacteurs nucléaires
L
a catastrophe de Fukushima a eu pour
conséquence instantanée l’arrêt de l’en-
semble des installations de production
d’origine nucléaire du pays, exploitées par
neuf compagnies privées, en attendant la
refonte des normes de sécurité.
Depuis celle-ci, l’opinion reste majoritaire-
ment hostile à la remise en service des cen-
trales, qui, fournissaient 28 % de l’électricité
produite, avec un parc de 58 réacteurs, dont
les 4 réacteurs détruits de Fukushima.
Rappelons que la centrale de Fukushima
n’a pas été victime d’un sinistre d’origine
nucléaire mais d’une catastrophe naturelle,
d’une intensité supérieure à celle prise en
compte lors de la construction de la centrale
et à laquelle elle n’a pas pu, comme il fallait s’y attendre,
résister.
Or, le Japon, composé d’îles volcaniques, subit environ
500 secousses sismiques par an, dont les constructeurs
tiennent systématiquement compte, y compris contre les
risques naturels associés.
Sont en premier lieu concernés les sites les plus exposés,
dont en tête les centrales nucléaires et il s’avère, depuis
Fukushima, que les normes de sécurité, notamment
contre les risques naturels, sont à relever.
Dans cette conjoncture, l’ambition des pouvoirs publics
est de faire repartir le nucléaire, d’où la déconsidération
des normes de sécurité en 2013, dont l’application condi-
tionne le redémarrage, unité par unité.
Le redémarrage des réacteurs se justifie par deux raisons,
le coût du recours à la production d’électricité par des
centrales thermiques, par rapport au coût du nucléaire
et la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre, qui en
résulte.
Citons à titre d’exemple que, pour le seul exercice clos
fin mars 2015, la perte enregistrée par Kepco, la princi-
pale des 9 compagnies dépendant du nucléaire avant
Fukushima atteint 1,32 milliard d’euros, tout en ayant
augmenté ses prix de 14 % pour les clients professionnels.
Pendant ce temps, les émissions de gaz à effet de serre
sont au plus haut depuis 2007, l’année record au Japon,
alors que le Japon veut réduire ses émissions de 3,8 %
d’ici 2020.
Cependant, répondant à une plainte déposée par des op-
posants à la relance des installations nucléaires, un juge
du tribunal de Fukui a considéré que les normes de sécu-
rité mises en place en 2013 par Kepco « manquaient de
rationalité » et a refusé le redémarrage de deux réacteurs
de la centrale de Takahama, qui respectaient les normes
de sécurité fixée par l’Autorité de régulation du nucléaire
Japonais, l’ARN, malgré le soutien du gouverneur du dé-
partement.
Il avait déjà statué dans ce sens en mai 2014 en interdi-
sant le redémarrage des deux premiers réacteurs de cette
même centrale.
Pour le gouvernement, la décision du tribunal de Fukui
est un revers, même s’il ne modifie pas sa politique
pro-nucléaire.