n°409 de RiskAssur-hebdo du Vendredi 26 juin 2015 - page 27

RiskAssur-hebdo
- Le magazine professionnel des Risques et des Assurances
page 27 - Numéro 409 du 26 juin 2015
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Point de vue
Le DDT le pesticide miracle d’après guerre
se rappelle à nos bons souvenirs
L
e dichlorodihényl, le DDT,
connu depuis les années 1940
est arrivé en Europe, en retard
de tout, dans les bagages de l’ar-
mée américaine, venue nous libé-
rer en 1945 des envahisseurs. Le
DDT fut, immédiatement, répandu
à profusion.
En 1962, une biologiste amé-
ricaine, Rachel Carson, alertait
l’opinion publique sur les risques
présentés par le DDT et il a fal-
lu encore d’une dizaine d’années
pour qu’il soit retiré un peu par-
tout de la circulation.
Cependant, près d’un demi-siècle
s’est écoulé depuis et le DDT n’a
pas fini de sévir de par le monde.
Une étude publiée cette semaine dans le Journal of Cli-
nical Endocrinology, JCEM suggère que les femmes qui
atteignent la cinquantaine paient aujourd’hui le prix de
l’utilisation du DDT.
Selon les résultats présentés par Barbara Cohn, co-auteur
de l’étude, les cinquantenaires américains ayant été le
plus exposés au DDT « in utero » par le biais de leur mère,
ont en effet un risque quadruplé de développer un cancer
du sein, par rapport à celles qui ont été moins exposées à
ce perturbateur endocrinien.
Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs ont utilisé
les données d’une grande cohorte de femmes califor-
niennes, dont le suivi remonte à plus d’un demi-siècle et
qui a permis cette étude.
Ces femmes ont donné naissance, entre 1659 et 1967,
à plus de 20 000 enfants et plusieurs paramètres biolo-
giques de chaque grossesse ont été enregistrés, puis Bar-
bara Cohn et ses collèges ont retrouvé les filles nées de
cette cohorte.
Ils ont recherché parmi elles, celles qui ont développé un
cancer du sein à l’âge de 52 ans, c’est-à-dire près de dix
ans avant l’âge médian auquel la maladie est générale-
ment diagnostiquée.
En conclusion, le quart des cinquantenaires les plus expo-
sés in utérus au DDT ont un risque cancer du sein multi-
plié par quatre.
L’importance de ces résultats tient à ce que de nom-
breuses femmes ont été lourdement exposées in utero
pendant les années soixante, lorsque l’utilisation du DDT
était généralisée, et elles atteignent aujourd’hui l’âge
d’un risque accru.
Le constat vaut aussi pour l’Europe, où l’utilisation du
DDT n’a pas été moindre à cette période.
La situation s’est depuis largement améliorée après que
le produit a été interdit, conclut Barbara Cohn.
L’histoire du DDT n’est pourtant pas complètement finie
car il est toujours utilisé dans certains pays du sud, dans la
lutte contre les moustiques, vecteurs du paludisme.
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