RiskAssur-hebdo
- Le magazine professionnel des Risques et des Assurances
page 31 - Numéro 409 du 26 juin 2015
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Point de vue
En matière de binge drinking les filles
n’ont rien à envier aux garçons
L
e « binge drinking » en français
« ivresse express » est, parmi les
jeunes, un fait de société, irration-
nel, qui a gagné les filles et qui ne s’ex-
plique pas.
On cite, comme exemple, un groupe
de 3 jeunes filles de 13 ans, parti dès
8 heures du matin, dans un bois der-
rière leur collège, pour vider quatre
bouteilles de vodka, de whisky et de
rhum, en fumant du cannabis, avec
une suite qui est facile à deviner.
L’alcool est la substance psychoactive
la plus consommée en France, même
si sa consommation a beaucoup dimi-
nué depuis 1960, sauf chez les jeunes
qui boivent de plus en plus tôt et de
plus en plus massivement, des alcools forts.
En dix ans, la part des 18-25 ans ayant connu une ivresse
dans l’année est passée de 22 % à 46 %, selon un rapport
de l’OCDE, rendu public en mai dernier.
Ce rapport alerte sur le binge drinking qui touche les
jeunes occidentaux et qui consiste à absorber en une
seule occasion, entre 6 à 8 verres d’alcool.
Si la consommation quotidienne reste rare dans cette
tranche d’âge, les épisodes d’ivresse et les alcoolisations
importantes augmentent, selon les enquêtes de l’Obser-
vatoire français des drogues et de toxicomanies, l’OFDT,
ce que confirme le baromètre 2014 de l’Institut national
de la prévention et de l’éducation pour la santé, l’Inpes.
On constate une forte augmentation des ivresses répé-
tées et régulières chez les jeunes femmes de 18 à 25 ans
et des hausses régulières concernant 10 % des jeunes en
général, contre 2 % en 2005.
Pour François Beck, le directeur de l’OFDT, « les plus
grandes préoccupations sont la précocité d’entrée dans
cette ivresse express, la quantité absorbée et la propor-
tion de filles qui augmente. »
En cinq ans, le nombre de transferts aux urgences pour
alcoolisation massive aiguë chez les jeunes a doublé dans
les hôpitaux français, avec des taux d’alcoolémie jusqu’ici
inconnus, à cet âge, de 3 à 4 g.
Le fait d’arriver aux urgences en coma éthylique n’est pas
anodin et peut révéler un immense mal-être, c’est une
forme d’appel à l’aide.
Les conséquences à long terme du binge drinking sur la
santé sont inquiétantes, ce sont surtout les dégâts sur
le cerveau, encore en plein développement qui préoc-
cupent.
L’alcool peut altérer des structures cérébrales comme
l’hippocampe impliqué dans les processus d’apprentis-
sage et de mémorisation.
Il affecte encore les mécanismes cellulaires quarante-huit
heures après l’épisode d’alcoolisation, selon l’équipe In-
serm de recherche sur l’alcool.
En outre, plus d’un jeune sur trois tués sur les routes, l’a
été dans un accident lié à l’alcool.