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page 26 - Numéro 419 du 16 octobre 2015
Point de vue
Les dernières inondations mettent en cause
l’aménagement des villes
M
agali Reghezza-Zitt, maître de confé-
rences en géographie à l’Ecole normale
supérieure de la rue d’Ulm, impute, sans
restriction, les inondations catastrophiques qui
viennent de se produire dans les Alpes-Maritimes
à l’urbanisation du littoral.
En tant que spécialiste des risques et de l’environ-
nement, elle appelle à repenser l’aménagement
des villes, en développant une culture des risques.
Elle aborde deux problèmes distincts, dont l’un,
celui de la culture du risque, appelle une réponse
immédiate, parce qu’il s’agit du bilan humain, les
20 victimes, dont la mort, pour la majorité d’entre
elle, était évitable.
Aller voir ce qu’il est advenu de la voiture, exposée
à être submergée dans son garage, est un réflexe
compréhensif, mais qui a été fatale à une majo-
rité des victimes, elles sont mortes, faute d’avoir
été conscientes de la gravité du risque encouru,
en se rendant dans le parking souterrain de leur
immeuble.
Dans la mesure où le même phénomène atmosphérique
risque de se reproduire, il appartient aux pouvoirs publics
de mettre en garde les utilisateurs d’emplacements dans
des parkings inondables, des risques de s’y rend, en cas
d’alerte d’inondations.
Pour Magali Reghezza-Zitt, les inondations sont les consé-
quences directes de l’urbanisme du littoral.
Là où il avait des terres agricoles, on a construit des habi-
tations et l’eau ne s’infiltre plus en amont du bassin-ver-
sant et rejoint les cours d’eau.
Or, dans ces régions, il s’agit de cours d’eau à faible débit,
qui en temps normal permettent d’évacuer des eaux plu-
viales, dans des proportions mesurées.
Ils ont été couverts, bétonnés, équipés de buses d’éva-
cuation artificielles, qui agissent en cas de débordement,
d’où le problème de ruissellement urbain, lorsque les
voies d’évacuation sont insuffisantes, l’eau monte dans
les rues, envahit les caves, les garages et les maisons.
Il existe ainsi un risque « naturel » aggravé, voire com-
plètement créée par l’urbanisation, alors que les plans
de prévention des risques, le PPR sont censés contrôler
l’urbanisation des zones inondables depuis la loi de 1995.
Force est de constater que les PPR sont contournés en
toute légalité, sont contestés et suspendus, lorsqu’ils dé-
rangent, avec le résultat que l’on sait.
Les remèdes sont connus, mais il faut du temps et de
l’argent pour les mettre en oeuvre.
On peut construire des barrages, des digues, et appro-
fondir les canaux d’évacuation, en sachant que chaque
territoire demande une réflexion spécifique, adaptée au
niveau de risque, aux activités et aux besoins de la popu-
lation.