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page 24 - Numéro 416 du 25 septembre 2015
Point de vue
Les Français ne sont pas à l’abri de l’achat
de faux médicaments sur Internet
L
e Professeur Marc Gentilini, spécialiste
des maladies infectieuses et président
honoraire de l’Académie de médecine,
accompagne depuis le début de sa création
la fondation Chirac dans son combat dans la
lutte contre les faux médicaments.
Il vient d’expliquer devant la presse le danger
de ce qu’il qualifie de fléau mondial et qui
concerne aussi les Français.
Les chiffres de ce trafic sont difficiles à
connaître, car les faux médicaments relèvent
d’un trafic, qui est par nature incontrôlable.
L’organisation mondiale de la santé, l’OMS
estime qu’environ 10 % des médicaments en
circulation dans le monde sont des faux.
C’est une moyenne qui varie d’une région à l’autre, pour
certaines on est proche de zéro et pour d’autres, par
exemple en Centre-Afrique, on frise les 60 à 80 %.
La Fondation Chirac évoque 700 000 morts chaque an-
née, liés aux faux médicaments, dont 200 000 du seul fait
des faux médicaments de lutte contre le paludisme.
Ces faux médicaments sortent parfois de clandestine-
ment, puis empruntent des circuits balisés, notamment
en provenance de Chine et de l’Inde.
Même si les cargos qui les transportent font escale chez
nous, les douaniers n’ont pas de droits de regard sur des
conteneurs qui ne font que transiter par nos ports.
Ils passent par l’Amérique du Sud, pour ensuite être diri-
gés vers l’Afrique, vers des pays où il n’existe pas de cou-
verture sociale et pour les personnes qui les achètent, il y
a tromperie sur la qualité.
Ces médicaments sont certes moins chers que les origi-
naux, mais ils sont parfois sous-dosés, voire sur dosés, ou
sans les molécules actives annoncées, ou encore avec des
excipients toxiques, ce qui est très grave pour la santé des
patients.
L’Inde, la Chine et le Brésil sont aujourd’hui plus attentifs
à la question des malfaçons en général et cherchent dé-
sormais à perfectionner leur production, y compris celle
des médicaments.
En 2009, Jacques Chirac a lancé l’appel de Cotonou, en
s’appuyant sur un certain nombre de présidents africains,
pour mobiliser tous les décideurs dont les médecins en
faveur de la lutte contre les faux médicaments.
Le Conseil de l’Europe a élaboré en 2010 la première
convention, de lutte contre les faux médicaments, bap-
tisée Médicrime, qui permet de pénaliser la contrefaçon,
la fabrication et la distribution de produits médicaux fal-
sifiés.
A ce jour, 23 pays l’ont signé et 5 l’ont ratifié, ce qui devrait
permettre son entrée en vigueur d’ici la fin de l’année.
La France ne l’a toujours pas ratifiée, alors qu’elle est di-
rectement concernée par les ventes sur Internet.
Chez nous, il s’agit souvent de produits que l’on n’ose pas
demander en pharmacie, alors qu’il ne faut jamais ache-
ter sur Internet un médicament, qui n’est pas une mar-
chandise comme une autre.