n°411 de RiskAssur-hebdo du Vendredi 10 juillet 2015 - page 30

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page 30 - Numéro 411 du 10 juillet 2015
Reportage
L’assurance a-t-elle la place qu’elle mérite
dans l’économie mondiale ?
Un esprit chagrin pourrait souligner que si l’assurance était
perçue par tous comme créatrice de valeur, il y aurait une
course de tous et chacun pour obtenir des couvertures
pour tous les risques assurables ! Peut-on penser que la
paix apportée par l’assurance va au-delà de la religion
quand celle-ci trouve ses limites ? Quels que soient les
bienfaits de l’assurance que l’on pourrait faire remonter
à la couverture des bateaux qui desservaient les ports
du monde antique au pourtour de la Méditerranée, et
plus surement à un café de Londres au 17
ème
siècle, force
est de constater que le taux de couverture reste faible
dans le monde. Certains marchés ont même des taux de
couverture inférieurs à 10% !
La question est de trouver où réside la responsabilité de
cette situation, non pas pour jeter le blâme sur tel ou tel,
mais pour trouver les freins qui gênent le développement
de l’assurance pour les desserrer. Les gouvernements
manquent surement à leur devoir de formation, la seule
solution qu’ils aient trouvé est de rendre obligatoire
certaines couvertures qui font que l’assurance est perçue
souvent comme un impôt supplémentaire, sans essayer
de développer une compréhension de l’importance de
l’assurance par tous. En fait, par son apport à la stabilité
et à la paix sociale, l’assurance devrait faire partie de
toute éducation civile dès l’école primaire.
Dans certains pays, ce sont les organismes de contrôle
de l’assurance qui ont pris le sujet à bras le corps, le
plus souvent comme un élément de leur mandat de
développement de la profession, et ils n’ont pas hésité
à inciter et financer des campagnes publicitaires et
d’explications. On se souvient même que, en France, la
FFSA elle-même s’y était essayé il y a plusieurs décennies
mais avec des résultats limités… Et c’était au temps où le
marché comprenait une myriade d’acteurs « confettis »,
avant que les méga groupes ne soient constitués qui
préfère réaliser eux-mêmes la promotion de l’assurance
en espérant améliorer leur part de marché.
Et on retrouve, le second acteur de cette carence : la
profession elle-même. Bien sur ces méga assureurs
soulignent les retombées favorables de l’assurance,
y compris l’impact de l’industrie comme un acteur
d’investissement sur des projets de long terme. Mais, ils
ne sont pas nombreux et beaucoup préfèrent montrer les
baisses de cotisations dont les automobilistes peuvent
bénéficier en changeant d’assureur. Que pensez de telles
attitudes alors que le cadre réglementaire en France va
permettre de faire du nomadisme assurantiel ?
L’assurance n’a jamais eu bonne presse, mais on aurait
pu penser qu’après la débâcle bancaire dont nous
avons encore du mal à nous remettre les assureurs
auraient pu tirer leur épingle du jeu. Malheureusement,
les hommes politiques de tous bords ont mis dans un
même sac, les institutions financières, et les tares des
banquiers déteignent sur les assureurs dont pourtant
aucun n’a vraiment été à l’origine de la tromperie sur
les « subprimes » et que globalement, tous on honorés
leurs engagements vis-à-vis des assurés en cas de sinistre.
On le voit bien dans la course au renforcement de la
réglementation et, en particulier, la question des groupes
à risque systémique.
Et quand on analyse le monde de l’assurance, là encore
beaucoup ne font absolument pas la différence entre
l’assurance vie et l’assurance I’ARD dont les missions et les
contraintes sont très différentes. L’assurance vie comme
véhicule d’épargne à long terme est souvent vue comme
plus solide, sauf en France où longtemps elle a souffert
de la débâcle des souscriptions en Francs OR qui étaient
encore mentionnées quand je suis entré dans le métier.
Faudrait-il souligner plus clairement les différences?
Mais, les dirigeants pensent-ils assez au besoin de se
réinventer, en particulier alors que les « milléniaux »
deviennent une force grandissante, dans le marché, et
dans l’emploi, avec des habitudes différentes… Ils sont
natifs du monde de l’informatique, alors que nous ne
sommes que des naturalisés, pour reprendre l’expression
de Brian Duperrault. Bien des dirigeants se plaignent
d’une concurrence excessive, alors que le chiffre de
pénétration cité dans l’introduction montre que la marge
de croissance est énorme, dès lors que la confiance des
parties prenantes est renforcée. Un nouveau venu dans
l’industrie s’étonnait que tout le monde pêche dans la
même mare alors que l’océan est laissé à l’abandon.
Là encore on achoppe sur un des défis de l’assurance,
celui du prix des couvertures. Il est encore un peu tôt pour
apprécier l’impact qu’aura à terme « big data » et le cloud
pour revenir à des pratiques de tarification sérieuses.
Le premier signe de l’évolution est le rôle renforcé des
souscripteurs qui avaient payé le prix de la chasse aux
cotisations quand les produits financiers compensaient
les pertes techniques. Bien sûr, cette guerre tarifaire n’a
pas renforcé la confiance des parties prenantes sur le
sérieux de l’assurance.
De plus, les consommateurs qui aiment recevoir
immédiatement les retombées positives de leurs achats
ont du mal à accepter le fonctionnement de l’assurance,
surtout en l’absence d’un référentiel scientifique pour
le calcul des cotisations. Cette absence ouvre une voie
royale à ceux qui aiment attaquer les « institutions
financières » dans les média sociaux. Et pour ajouter à
cet état, on sait que trop souvent le moment du sinistre
est aussi un moment de déception quand l’indemnisation
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