RiskAssur-hebdo
- Le magazine professionnel des Risques et des Assurances
Abonnement gratuit sur
page 30 - Numéro 425 du 27 novembre 2015
Point de vue
Des siècles consacrés à l’art du vin
sont menacés par le changement climatique
U
ne étude publiée en avril
2013 dans la revue amé-
ricaine Proceedings of the
National Academy of Science dres-
sait un scénario catastrophe de
la surface de terres propices à la
culture de la vigne en Europe, pour
conclure que : celle-ci se réduirait
en moyenne de 68 % d’ici 2050,
à cause du réchauffement, d’ici
2050.
Par contre, des régions plus au
nord, en Amérique et en Europe
deviendraient des terrains dispo-
nibles pour la culture de la vigne,
la Norvège pourrait produire du
Champagne et les Bordeaux pros-
péreraient en Grande-Bretagne.
Cependant, la nouvelle carte mondiale des vins à l’hori-
zon 2050 n’est pas encore dessinée et, selon des cher-
cheurs européens et français de l’Institut national de la
recherche agronomiques, l’INRA l’étude américaine est
biaisée.
En effet, elle ne tient pas compte des stratégies d’adap-
tation déjà en oeuvre et n’intègre pas les spécificités de
chaque terroir, c’est-à-dire la conjonction d’un climat, de
caractéristiques géologiques, de cépages différents et de
savoirs faire particuliers.
Si l’on reste en dessous des 2 degrés, on s’adaptera, selon
Jean-Marc Touzard, chercheur de l’INRA à Montpellier,
qui anime le projet Laccave, démarré en 2012.
Ce projet réunit vingt-trois unités de recherche en France
comprenant une centaine de chercheurs qui étudient
l’impact du changement climatique sur la vigne et le vin,
ainsi que la stratégie d’adaptation.
En avril 2016, à Bordeaux, les responsables du projet Lac-
cave présenteront leurs conclusions et une prospective
pour 2050.
En attendant, il faut préparer l’adaptation, alors que la
recherche des dernières décennies poussait à sélection-
ner des cépages et des clones susceptibles de se charger
en sucre, de mûrir plus facilement, il faut, avec la mon-
tée des températures chercher des cépages produisant
moins de sucre et qui résistent mieux aux attaques des
maladies comme le mildiou.
L’angoisse des viticulteurs est de voir, avec le réchauffe-
ment et les épisodes pluvieux plus intenses, apparaître
de nouveaux parasites remonter vers le nord et faire en
sorte que des maladies, comme l’esca gagnent les vignes,
en provenance des zones qui connaissent des stress hy-
driques, d’où la nécessité de trouver des clones plus ré-
sistants.
Quand on parle d’adaptation, on n’évoque pas seulement
des cépages résistants à la sécheresse et à la chaleur, ils
doivent être productifs et fournir des vins de bonne qua-
lité.
Certaines appellations d’origine vont devoir évoluer,
pour ne pas disparaître, mais sans pouvoir être délocali-
sée, sous peine de perdre leur spécificité et cela, sous le
contrôle de l’Institut national de l’origine, l’INAO.