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page 32 - Numéro 424 du 20 novembre 2015
Point de vue
Les Etats-Unis refuseront à la COP 21 de signer
tout accord juridiquement contraignant
C
omme en 1997, où les
Etats Unis, à l’époque
le premier pollueur
mondial, n’ont pas ratifié le
protocole de Kyoto, parce
qu’il était juridiquement
contraignant, le secrétaire
d’Etat américain, John Kerry
vient de déclarer au quoti-
dien britannique, Financial
Times, que tout accord obte-
nu à Paris ne pourra pas être
juridiquement contraignant
et n’obligera pas les pays à
réduire leurs émissions.
Cette déclaration est de po-
litique interne, en sachant
que le président Barack Oba-
ma, l’homme politique le
plus puissant au monde, n’a
pas la majorité au Sénat fédéral dont il n’obtiendra pas
l’autorisation d’accepter, au nom des Etats-Unis un quel-
conque accord juridiquement contraignant, limitant les
émissions de gaz à effet de serre.
La défection des Etats-Unis n’a pas empêché le protocole
de Kyoto d’entrer en vigueur et il en sera de même de
la traite universelle sur le climat, attendu à Paris, que la
grande majorité de chefs d’Etat et de gouvernement ap-
pellent de leurs voeux, même si les Etats-Unis ne le rati-
fient pas.
Aujourd’hui, le pays qui compte, c’est la Chine et demain,
l’Inde et le Brésil.
Cependant, les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteurs
de gaz à effet de serre, derrière la Chine, qui lui a ravi la
première place, se sont engagés à une réduction de 26 à
28 %, par rapport à 2005, de leurs rejets carbonés, d’ici
2025.
Ils ne pourront pas refuser de participer à l’effort collectif,
même sans signer le traité qui liera les pays membres de
l’ONU, pour des problèmes divergence de politique in-
terne, dont ils sont coutumiers.
Ceci est d’autant plus vrai que même si le gaz naturel
monte en puissance, le charbon, le combustible fossile le
plus puissant, est responsable d’un tiers des émissions de
gaz à effet de serre sur terre, et resta aussi une compo-
sante essentielle du paysage énergétique américain.
A ce titre, les centaines de centrales à charbon, réparties
sur tout le territoire, fournissent environ 37 % de l’électri-
cité du pays.
Laurent Fabius, soucieux du succès de la COP 21 qu’il
présidera, a immédiatement déploré les propos du secré-
taire d’Etat américain en déclarant :
« J’ai eu mon ami Kerry hier, il faut que les choses soient
claires, on peut discuter de la nature juridique de l’accord,
en revanche, le fait qu’un certain nombre de dispositions
doivent avoir un effet pratique est une évidence »
Autrement dit, il s’apprête de se passer de la signature
des Etats-Unis, du moment qu’ils en exceptent les condi-
tions.