RiskAssur-hebdo
- Le magazine professionnel des Risques et des Assurances
page 31 - Numéro 423 du 13 novembre 2015
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Point de vue
La morue du Maine victime du réchauffement
aux Etats-Unis
M
algré le respect des quotas
imposés pour éviter l’ef-
fondrement de l’espèce,
les autorités fédérales américaines
viennent de fermer la pêche com-
merciale et récréative à la morue
dans le golfe du Maine.
Le stock de morues avait atteint un
minimum en oscillant, selon la Na-
tional Oceanic and Atmospheric Ad-
ministration, la NOAA, entre 3 % et 4
% de la population plancher, néces-
saire à sa survie.
Une équipe de biologistes améri-
cains du Gulf of Maine Research Ins-
titute à Portland, dirigée par Andrew
Pershing, a analysé dans une étude
publiée par la revue Science la vitesse du réchauffement
des eaux dans cette région, pour en conclure que le ré-
chauffement a joué un rôle dans cette quasi-disparition
de la morue.
Pour cette équipe les températures de surface de la mer
dans le golfe du Maine ont augmenté plus vite que dans
les autres océans de la planète, ce qui a provoqué un dé-
calage vers le nord du Gulf Stream, le courant chaud qui
prend naissance dans le golfe du Mexique.
En s’y superposant, la tendance lourde du réchauffement
a provoqué une réduction de la survie de la morue de
l’Atlantique.
Les chercheurs mettent en cause les méthodes de ges-
tion de la pêcherie, selon eux les autorités ont réduit les
quotas, mais les populations de morues ont continué à
décroître, contrairement à l’attente.
Selon les chercheurs, les modèles numériques utilisés
n’ont pas tenu compte de l’effet de l’augmentation de la
température, pour calculer un niveau de prise acceptable.
Du 17ème siècle, au début du 20ème siècle, l’exploitation
de la morue, a été le socle de l’économie dans le golfe du
Maine, dont il a fallu fermer la pêche.
70 000 tonnes de morues ont été pêchés par an en 1861,
54 000 tonnes en 1880 et on est tombé à 20 000 tonnes
en 1920.
On compte sur 5 000 tonnes en 2030, voir 1 800 tonnes
seulement en cas de réchauffement plus fort que prévu.
En fait, la fragilité de la morue face au réchauffement de
l’océan est connue depuis de nombreuses années et c’est
notamment une équipe internationale du CNRS de l’uni-
versité de Lille dirigée par Grégory Beaugrand, qui en a
rendu compte en 2003 dans la revue Nature, qu’en mer
du Nord, le réchauffement a induit un profond remanie-
ment de l’écosystème défavorable à la survie des jeunes
morues.
Dans le golfe du Maine, à la limite orientale de son aire
de répartition, le biologiste français Grégory Beaugrand
estime, que vu le réchauffement en cours, la pérennité de
l’espèce ne peut être garantie.
Cependant, cette situation profite à d’autres espèces,
comme le homard.