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page 20 - Numéro 423 du 13 novembre 2015
Point de vue
Coup de frein à l’exploitation
des schistes bitumineux de l’Alberta au Canada
L
a province canadienne de
l’Alberta, au pied des Mon-
tagnes Rocheuse, regorge de
schistes bitumineux, restés long-
temps inexploitables faute d’une
rentabilité financière suffisante,
à cause du prix bas du brut, bien
que se trouvant à faible profon-
deur, voire quasiment à affleure-
ment du sol.
Composé de matières minérales,
de sable et d’argile, de 10 à 12
% de bitume naturelle transfor-
mable en pétrole et de 5 % d’eau,
leur exploitation devenue ren-
table du fait du prix du brut est
désastreuse pour l’environne-
ment et pour le réchauffement
climatique, ce qui n’a pas empêché les concessionnaires
des gisements de les mettre en exploitation, plaçant le
Canada parmi les grands pays pollueurs de la planète.
Seulement, pour trouver des débouchés commerciaux
pour cette manne, ils ne pouvaient, vu leur situation géo-
graphique, que se tourner vers leur voisin, les Etats-Unis,
d’où le projet de l’oléoduc Keystone XL de la compagnie
Trans Canada devant relier l’Alberta au golfe du Mexique.
Cependant, le projet Keystone XL nécessitait une autori-
sation présidentielle, du fait de son caractère transfronta-
lier, d’où le blocage, depuis l’élection de Barack Obama.
Le projet, d’une capacité de 80 000 barils par jour, courant
sur près de 1 900 kilomètres, devait être raccordé à des
tronçons existants, pour rejoindre le golfe du Mexique.
L’affaire de Keystone XL a commencé dans une quasi-in-
différence en septembre 2008, quelques mois avant l’ins-
tallation de Barack Obama à la Maison Blanche, avant de
devenir un sujet de préoccupation pour les défenseurs de
l’environnement.
Le coup de grâce lui a été donné en juin 2011, par un
climatologue de la Nasa, James Hansen qui, dans un ar-
ticle retentissant, assure que l’exploitation des sables bi-
tumineux de l’Alberta, plus polluants que la production
conventionnelle, va rendre impossible une stabilisation
du climat.
Autorisé par la majorité républicaine au Sénat américain,
le projet est devenu un sujet de contentieux entre celle-ci
et le président, qui y a opposé son véto en février 2015.
C’est dans ce contexte que la compagnie TransCanada,
qui défend depuis des années le projet de raccordement
des champs de sables bitumineux au golfe du Mexique,
a demandé au département d’Etat américain, d’inter-
rompre l’étude de la demande de permis présidentiel dé-
posé en 2008.
Elle craint dans le doute un avis négatif et mise sur une al-
ternance plus favorable à ses intérêts à la Maison Blanche,
après les élections présidentielles en 2016, alors qu’une
partie du nouvel oléoduc est déjà réalisé.
Cette reculade illustre le fait que les pays producteurs et
les groupes pétroliers auront du mal à accepter la fin des
énergies fossiles, si la communauté internationale, pour
sauver le climat, devait en décider ainsi.