n°411 de RiskAssur-hebdo du Vendredi 10 juillet 2015 - page 16

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page 16 - Numéro 411 du 10 juillet 2015
Point de vue
L’alcoolisme pèse plus lourd
dans les soins hospitaliers que le sevrage
U
ne récente étude, pu-
bliée dans la revue de
l’Institut de veille sani-
taire, traite du nombre d’hos-
pitalisations pour des compli-
cations liées à l’alcool, comme
la démence, la cirrhose et
l’hépatite.
Elles sont cinq fois plus nom-
breuses que les prises en
charge pour sevrage alcoo-
lique, qu’il faudrait cependant
privilégier.
Le coauteur de cette étude,
le professeur François Paille,
chef du service d’addictologie
du CHU de Nancy, dresse un
constat sans appel.
« Nous voulons montrer aux autorités le poids majeur de
l’alcool dans les hospitalisations en France et il s’avère en-
core plus important que ce à quoi nous nous attendions
».
Selon les calculs qui recensent tous les séjours hospita-
liers liés spécifiquement à l’alcool en 2012, cette addic-
tion a coûté en hospitalisation 2,64 milliards d’euros, soit
3,6 % des dépenses hospitalières de l’année.
Selon cette étude, ce montant est sous-évalué car il ne
prend en compte que les maladies directement associées
à l’alcool et pas celles dont on sait qu’il est un facteur ma-
jeur, comme certains cancers colorectaux.
Ainsi corrigé, la facture atteindrait 3 milliards d’euros, se-
lon le François Paille.
En un an, au grand dam des auteurs de l’étude, sur 580
000 séjours à l’hôpital, seulement 93 000 ont concerné
des sevrages alcooliques, alors que le reste relevait du
traitement des ivresses et des maladies induites par l’al-
cool.
Pour le Professeur Amine Benyamina, porte-parole du
Fond d’action addiction, on voit bien, par ce constat qu’on
ne prend pas correctement en charge cette addiction.
Certes, une augmentation des séjours à l’hôpital pour se-
vrage, entre 2006 et 2012, imputable au plan addiction,
constatée par cette étude est un progrès, mais reste en-
core très insuffisante, devant l’ampleur du problème.
L’hospitalisation est un moment privilégié pour abor-
der avec le patient l’origine de ses troubles, c’est-à-dire
consommer de l’alcool.
Pour mieux repérer les personnes concernées, il faut
améliorer la formation en alcoologie dans les services qui
accueillent ces patients et fournir aux établissements des
équipes de liaison d’addictologie.
Les Agences régionales de santé, notamment dans les
régions les plus touchées, Nord, Normandie, Réunion,
Picardie et côte atlantique, doivent insuffler une dyna-
mique pour pousser les hôpitaux à prendre le problème,
à bras-le-corps, conclut l’étude.
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