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La réforme est passée sans faire de bruit dans les cabinets médicaux. Depuis le 1er janvier 2025, la CARMF a abandonné ses trois classes forfaitaires d’indemnités journalières au profit d’un calcul proportionnel aux revenus. Les montants 2026, revalorisés en janvier, confirment la logique du nouveau régime : une couverture qui monte pour les hauts revenus et qui recule pour les autres. Passage en revue de ce qui attend un médecin libéral arrêté cette année, poste par poste.
Jusqu’en 2024, un médecin arrêté plus de 90 jours percevait une indemnité forfaitaire déterminée par sa classe de cotisation : 75,06 € par jour en classe A, 112,59 € en classe B, 150,12 € en classe C. Le niveau exact de ses revenus à l’intérieur de la classe n’y changeait rien. Un généraliste en haut de la classe B touchait la même somme qu’un confrère en bas de la même classe.
Pour les droits ouverts à compter du 1er janvier 2025, ce système n’existe plus. L’indemnité journalière est désormais égale à 1/730e des revenus d’activité de l’avant-dernière année, encadrée par un plancher et un plafond. La bascule n’est pas rétroactive : un médecin dont l’indemnisation a commencé avant 2025 conserve les règles de son ancienne classe jusqu’au bout.
Pour un arrêt indemnisé en 2026, la CARMF verse à partir du 91e jour d’arrêt total de travail :
- 65,84 € par jour au minimum, pour des revenus 2024 inférieurs ou égaux à 48 060 € ;
- 1/730e des revenus 2024 entre les deux bornes ;
- 197,51 € par jour au maximum, atteint dès 144 180 € de revenus annuels.
Un praticien à 90 000 € de revenus 2024 percevra ainsi environ 123 € par jour. La comparaison avec l’ancien barème résume la réforme : le plafond monte (150,12 € hier, 197,51 € aujourd’hui), le plancher descend (75,06 € hier, 65,84 € aujourd’hui). Le curseur s’est déplacé vers les revenus élevés. Pour les praticiens proches du plancher, c’est désormais à la prévoyance des médecins libéraux d’absorber la différence.
L’âge module par ailleurs le montant servi : de 62 à 69 ans, la première année d’indemnisation est à taux plein, la deuxième à 75 %, la troisième à 50 %. À partir de 70 ans, le taux de 50 % s’applique d’emblée. La durée totale d’indemnisation reste plafonnée à 36 mois, en continu ou non.
L’ouverture des droits suppose d’être à jour de ses cotisations au moment de l’arrêt, de déclarer celui-ci avant la fin du deuxième mois suivant la cessation d’activité et de ne pas percevoir en parallèle les indemnités de l’assurance maladie. La déclaration tardive se paie cher, puisque les droits ne s’ouvrent alors qu’à compter du 31e jour suivant la déclaration.
Le fameux « trou des 90 jours » des médecins libéraux appartient au passé, du moins sous sa forme historique. Pour les arrêts débutant depuis le 1er juillet 2021 (début 2022 pour les remplaçants et les conjoints collaborateurs), l’assurance maladie indemnise du 4e au 90e jour, après trois jours de carence.
Son calcul diffère de celui de la CARMF : 1/730e du revenu moyen des trois dernières années civiles, plafonné à trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale. Le maximum 2026 est identique, 197,51 € bruts par jour. Deux assiettes distinctes, donc, et parfois deux montants différents pour le même médecin avant et après le 91e jour.
Même bascule pour la pension d’invalidité. Fini les montants par classe : pour les droits ouverts depuis le 1er janvier 2025, elle dépend du meilleur revenu retenu pour les cotisations des trois années précédant l’entrée en jouissance. En 2026, elle s’étage de 23 662 € à 31 549 € par an, le maximum étant atteint à partir de 144 180 € de revenus.
Les conditions, elles, n’ont pas changé de nature. La CARMF ne raisonne pas en catégories 1, 2 et 3 comme le régime général : elle exige une invalidité totale et définitive, rendant le praticien absolument incapable d’exercer sa profession. Il faut au moins huit trimestres d’affiliation, la pension étant réduite d’un tiers entre 8 et 15 trimestres, et être à jour de l’ensemble de ses cotisations. Le versement cesse au plus tard au premier jour du trimestre civil suivant le 62e anniversaire.
Des majorations peuvent s’y ajouter : 35 % pour le conjoint sous conditions de ressources, 35 % en cas de recours à une tierce personne, 10 % de bonification à partir de trois enfants. La cotisation du régime a d’ailleurs suivi le même mouvement que les prestations : une part fixe et une part proportionnelle ont remplacé les trois classes, de 626 € à 1 010 € selon les revenus en 2026.
Reste l’essentiel. Même au plafond, l’indemnisation obligatoire n’a plus grand-chose à voir avec les revenus qu’elle remplace au-delà de 144 180 € par an, et les charges d’un cabinet ne s’interrompent pas au 91e jour. Recalibrer les garanties individuelles devient un passage obligé du conseil : celles dimensionnées du temps des classes A, B et C ne correspondent plus mécaniquement aux prestations réellement servies depuis 2025.
Deux réflexes s’imposent pour les professionnels du conseil comme pour les praticiens. Vérifier d’abord sur quelle génération de règles repose la documentation utilisée : toute page qui décrit encore des classes A, B et C, ou une absence totale de revenu avant le 91e jour, décrit un régime qui n’existe plus. Regarder ensuite l’année de référence des revenus : l’assurance maladie calcule sur la moyenne des trois dernières années, la CARMF sur la seule avant-dernière. Pour un médecin dont l’activité a récemment évolué, l’écart entre les deux indemnités peut être sensible, à la hausse après une bonne année comme à la baisse après un creux d’activité.
Les décomptes des prochaines années, eux, parleront moins discrètement : c’est sinistre par sinistre que la réforme se lira.
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