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Afrique - l’assurance inclusive comme levier du développement
Pr Jean-Paul Louisot

Afrique - l’assurance inclusive comme levier du développement
Pr Jean-Paul Louisot

Article lu 620 fois, depuis sa publication le 22/07/2026 à 13:57:15 (longueur : 9050 caractères)


« Dans notre métier, même les plus grands succès peuvent s’arrêter du jour au lendemain si la confiance des clients se perd ou si les engagements ne sont pas tenus. Cette réalité doit rester au cœur de chaque décision, car elle conditionne la pérennité de toute entreprise d’assurance.?» (Richard Lowe, PDG du Groupe Activa)

L’Afrique représente près de 20 % de la population mondiale, mais moins de 1 % des cotisations d’assurance émises dans le monde. Certes, le marché africain de l’assurance progresse, depuis quelques années, mais cette progression semble désespérément lente et le marché demeure bien en deçà de son potentiel. Cette situation prive encore des millions de ménages, d’agriculteurs, d’entrepreneurs, de PME et d’acteurs du secteur informel de mécanismes essentiels de protection face aux risques sanitaires, climatiques, économiques ou sociaux.

Malgré un potentiel considérable, le secteur des assurances demeure singulièrement peu développé en Afrique : son taux de pénétration atteint seulement 2,4 % du produit intérieur brut (PIB). Pourquoi un tel retard ? Quels sont, pour ce marché, les principaux défis et les perspectives ? On peut toutefois constater l’inexorable montée en puissance des groupes africains face aux géants internationaux en cours de recentrage de leurs investissements vers les marchés les plus matures.

Quelques pays montrent la voie, Afrique du Sud, Kenya, Maroc, tandis que les nouvelles technologies permettent d’adapter des produits innovants aux réalités africaines, qu’il s’agisse des assurances agricoles ou des produits véhiculés par la finance islamique. Les rapports établis par différents organismes comme la FANAF (Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines) relèvent encore de trop nombreux obstacles, comme une faible culture assurantielle, des revenus insuffisants alors que le salariat est noyé par le secteur informel. Du côté de l’offre, on constate trop de produits peu adaptés aux réalités africaines, tandis que la micro-assurance piétine sans doute en partie du fait des contraintes réglementaires.

C’est pour affronter tous ces paradoxes que la FANAF a organisé, du 6 au 8 juillet, les États généraux de l’assurance pour tous ; cet événement s’est déroulé à Cotonou, la capitale économique du Bénin. Cette rencontre a réuni près de 400 décideurs africains issus des pouvoirs publics, des organismes de contrôle et de supervision, des sociétés d’assurance et de réassurance, des institutions financières, des banques de développement, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations professionnelles du continent.

L’ambition de la Fanaf est de « faire émerger une vision commune et des engagements concrets afin d’accélérer l’accès à l’assurance pour les populations africaines et renforcer la contribution du secteur aux priorités de développement économique et social du continent

Les participants venus d’une vingtaine de pays africains se sont retrouvés au Sofitel Cotonou Marina à l’initiative de FANAF, en partenariat avec l’Association des Sociétés d’Assurances du Bénin (ASA Bénin). Lors de cette réunion, assureurs, réassureurs, contrôleurs, ministres, institutions financières, bailleurs de fonds, fintechs et représentants des consommateurs se sont efforcés de poser les bases d’une accélération de l’inclusion assurantielle en Afrique, avec pour objectif l’adoption d’un Pacte panafricain de l’assurance inclusive. En effet, quelques succès éclatants pour créer des groupes panafricains, comme SUNU, NSIA ou le groupe ACTIVA et le réseau Globus créé et dirigé par Richard Lowe ne peuvent malheureusement pas faire oublier l’immensité de la population qui demeure sans protection.

Le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance du Bénin, Nicolas Yénoussi, a ouvert les débats en formulant le vœu de voir cette initiative aboutir : « Je suis particulièrement convaincu que le Pacte de l›assurance fera de l›assurance un produit accessible au plus grand nombre, grâce à des mécanismes efficaces de gestion des risques.

« Je suis persuadé que les décisions prises à Cotonou contribueront à écrire une nouvelle histoire de l›assurance. Au nom du gouvernement de la République du Bénin, je vous souhaite des travaux fructueux. »

Finalement, en réponse au vœu du Ministre, l’inclusion assurantielle en Afrique a peut-être franchi un cap historique à Cotonou : il reste à constater sur le terrain les retombées du Pacte lancé au cours de ces états généraux !

« Dès la création d’Activa, nous avions une ambition précise : bâtir un groupe panafricain capable de rivaliser, sans complexe, avec les acteurs internationaux les plus établis. Cette vision reposait sur trois conditions non négociables : des standards internationaux, un capital humain d’excellence, et la maîtrise de la technologie. » (Richard Lowe, PDG du Groupe Activa)

L‘état des lieux de l’assurance africaine ?

« Si en grimpant à un arbre vous insistez pour aller au-delà du sommet, la terre vous attendra. » (Proverbe africain)
Certes, l’assurance africaine est en croissance, mais elle demeure un nain à l’échelle mondiale. C’est le constat sans fard dressé par le rapport Sigma 2025 du réassureur suisse Swiss Re, référence en la matière, qui publie chaque année un bilan complet de l’assurance. De fait, avec 69 milliards de dollars de cotisations émises en 2024, le continent pèse moins de 1?% du marché global, alors qu’il comptabilise un sixième de la population planétaire.

Pourquoi les populations ne s’assurent-elles pas ?
Les freins sont nombreux, selon les experts présents aux Etats Généraux de la FANAF : l’excès de documents à fournir, la complexité des procédures, les questionnaires de santé, ou encore certaines pratiques discriminatoires au sein des réseaux bancaires.

Dans les États fragiles, où la confiance dans les institutions est faible, la confiance envers l’assurance l’est également. En l’absence d’un État protecteur, d’autres formes d’organisation, parfois informelles voire mafieuses, occupent le terrain. Le manque d’offres adaptées aux réalités des populations et les nombreux préjugés à l’égard de l’assurance constituent également des obstacles majeurs, en particulier dans des économies où plus de 90 % de la population active évolue dans le secteur informel.

Les fraudes à l’assurance proviennent davantage des réseaux de distribution que des assurés eux-mêmes. À cela s’ajoutent les exigences de conformité imposées aux assureurs et aux réassureurs, qui alourdissent les coûts. Ces contraintes se répercutent sur le montant des cotisations et pénalisent l’accès à l’assurance.

Un marché sous-exploité, mais un potentiel considérable
Par ailleurs, l’essentiel de cette activité se concentre dans un nombre limité de pays. En 2024, près de 70?% des primes émises sur le continent l’ont été en Afrique du Sud, selon le dernier rapport de l’Organisation des assurances africaines (OAA), quatre autres marchés – Maroc, Kenya, Égypte et Algérie – se partageant ensuite 18?% du marché. Les 49 autres pays du continent se répartissent quant à eux le (maigre) solde.

Plus fondamentalement, le faible taux de pénétration de l’assurance en Afrique reflète une réalité élémentaire : la modestie des revenus Sandé Fatola, le président de RIMRAE souligne : «?Dans de nombreux pays africains, où le niveau de vie reste limité, couvrir les dépenses essentielles prime encore sur la protection contre des risques futurs, sans oublier que force est de constater?une pédagogie déficiente autour de l’assurance?»

Or, c’est précisément de là que vient la promesse. Car derrière l’étroitesse actuelle du marché africain des assurances se profile un potentiel de rattrapage considérable, alimenté en premier lieu par la croissance démographique, l’émergence de la classe moyenne et la digitalisation. Dans son Global Insurance Report, publié en mai 2025, Allianz Research anticipe ainsi pour l’Afrique une croissance nominale de 7?% par an jusqu’en 2028, soit l’une des plus fortes progressions régionales au monde.

Olivier Canuel, le cofondateur du courtier d’assurance panafricain Olea Insurance Solutions observe : «?Ce que je vois en Afrique, c’est un continent où tout est à construire : les infrastructures, les industries, les classes moyennes, les filets de protection sociale et l’assurance a un rôle essentiel à jouer dans chacune de ces constructions?».

Des assureurs encore sous capitalisés
Reste que nombre d’assureurs du continent demeurent faiblement capitalisés, avec des structures de gouvernance parfois peu adaptées aux exigences actuelles de solvabilité et de gestion des risques. Consciente de ces freins structurels, la CIMA qui organise le marché des assurances dans quatorze …

Pour lire la suite de l’étude du Pr Louisot dans le numéro 893 du magazine RiskAssur-hebdo, cliquez ICI




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