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Le sur-diagnostic du cancer de la prostate

Le sur-diagnostic du cancer de la prostate

Article lu 16101 fois, depuis sa publication le 03/10/2013 à 17:22:58 (longueur : 4432 caractères)


D’après la Haute Autorité de Santé (HAS), 7200 nouveaux cas de cancer de la prostate sont diagnostiqués chaque année.

Il touche plus particulièrement les hommes autour de leur 71ème année. 8700 personnes par an en meurent, dont les 3/4 après leur 75ème année.

Ce cancer est particulièrement présent aux Antilles, où le taux d’incidence est plus élevé par rapport à la métropole.

Le dosage systématique des PSA est-il pernicieux ?

Le Dr. Richard Ablin, à l’origine de la découverte du PSA, observe :
« Il y a quatre décennies, je n’ai jamais pensé que ma découverte conduirait à une telle catastrophe de santé publique, axée sur le profit ».

Le dépistage de ce cancer repose sur le dosage des PSA (Antigène Prostatique Spécifique) et un toucher rectal. Le dosage du taux de PSA évalue la concentration dans le sang, d’une protéine naturellement présente chez les hommes.

Un taux trop élevé est assimilé à une anomalie de la prostate.

L’Association Française d’Urologie (AFU) préconise d’effectuer un dépistage systématique, dès l’âge de 50 ans, car il permet de détecter la présence de cellules cancéreuses, avant les manifestations de la maladie. En effet, des symptômes perceptibles sont le signe d’un cancer avancé, dont les chances de guérison sont compromises.

Il est à noter que les recommandations de la HAS vont à l’encontre des préconisations de l’AFU.

Le bénéfice incertain de cette démarche

Sur la forme, les détracteurs des préconisations de l’AFU soulèvent les points suivants :
- Ceux qui encouragent ce dépistage sont ceux qui profitent des retombées financières.
- Le patient lambda pense que la médecine sait détecter, sans risque, un cancer de manière précoce. Ce n’est pas le cas pour le cancer de la prostate.
- Ces examens peuvent être prescrits par les médecins, en vue de ne pas affronter un dépôt de plainte, en cas de cancer ultérieur avéré.

Toutefois, leurs principales récriminations portent sur le fond et l’intérêt du patient, car le remède peut s’avérer pire que le mal. Ce point de vue est partagé par Catherine Hill, épistémologiste œuvrant à l’Institut Gustave-Roussy. Pour ces patients qui auront un taux de PSA trop fort, quid du préjudice moral devant un résultat incertain ? Quid des complications physiques qui résulteront :
- des biopsies (infections, rétention urinaire),
- des chirurgies ou des radiothérapies pas forcément justifiées (disfonctionnement sexuels, urinaires ou digestifs).

Ces réflexions sont appuyées par deux organismes :
- l’U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) met en avant la nécessité d’avoir des tests plus fiables ;
- l’Institut du Cancer reprend cet argument et signale l’impact nul de ce dépistage, sur la mortalité résultant du cancer de la prostate. Preuve en est : l’Angleterre ne les pratique pas et ne déplore pas un taux de mortalité plus élevé que la France.

Par ailleurs, la détection de cellules cancéreuses n’implique pas systématiquement le développement d’un cancer.

En général, ce cancer évolue très lentement. Bien que plus de 50% des hommes ayant dépassé 50 ans soient porteurs de ces cellules, seuls 3% en décèderont.

L’intérêt du patient
Les lobbys « pro-dépistage-systématique » agitent le spectre de la peur, pour inciter au dosage des PSA, mais l’intérêt du patient se situe dans un intervalle particulièrement compliqué à évaluer, pour les professionnels de la santé.

Il s’agit de celui :
- où ne sera pas sous-traité un cancer agressif de la prostate,
- où ne sera pas sur-diagnostiqué un cancer de faible volume, évoluant lentement.

Dans le premier cas, la prise en charge précoce améliore les chances de guérison. Dans le second cas, des traitements agressifs sont susceptibles d’altérer la qualité de vie du patient. Devant les limites actuelles des moyens de dépistage, il importe d’être clair sur les risques et les bénéfices d’une telle démarche.

Le médecin a donc un rôle informatif de première importance.

Pour en savoir plus, sur FranceMédecin : http://www.riskassur-hebdo.com/actu01/actu_auto.php?adr=3009131308



SOURCES :
http://www.urofrance.org
http://www.has-sante.fr
http://www.uspreventiveservicestaskforce.org/prostatecancerscreening.htm



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