page 30 - Numéro 272 du 15 juin 2012
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Le printemps arabe :
Grande marée ou tsunami
pour l’assurance & la réassurance ?
Pr Jean-Paul Louisot
P
our la 29
ème
édiƟon de la conférence biennale du
GAIF(1), les dirigeants de la fédéraƟon ont invité
les membres, leurs prestataires et partenaires, et
leurs amis à les rejoindre dans la ville de légende du sud
marocain : c’est la Palmeraie de Marrakech qui a vu se
rassembler une foule venue de tous les pays Arabes, du
Maroc à l’Ouest aux Emirats Arabes Unis à l’Est. Le GAIF
est une associaƟon pan arabe regroupant tous les acteurs
des méƟers da l’assurance Et de la réassurance dans le
monde arabe en vue de développer les liens et la coopé‐
raƟon dans ces domaines. Il compte plus de 300 sociétés
membres réparƟes dans vingt pays arabe, mais le Liban
est largement en tête avec 15% des membres.
En dépit du printemps arabe et des secousses de
l‘économie internaƟonale, le marché de l’assurance arabe
a connu une croissance de 8,07 %, en excès de presque 3
points de la moyenne mondiale, sans parler des pays à
maturité. Le marché reste encore faible, environ un demi
pour cent du marché mondial, avec 21 Milliards de Dollars
d’encaissement en 2010, et les esƟmaƟons le placent à 23
Milliards en 2011. La croissance devrait être au rendez‐
vous pour de nombreuses années à venir ; avec 2,63 % du
PIB mondial, les professionnels des pays arabes pour‐
raient espérer un marché d’assurance global pour la zone
de 100 à 120 Milliards. La quesƟon demeure : Peut‐être,
mais à quel horizon ? Tout dépend de leur capacité de
convaincre les populaƟons et d’accroitre leur confiance
dans les mécanismes d’assurance.
En ce qui concerne le Maroc, il est intéressant de noter
que l’assurance y a une pénétraƟon de 2 ,8% du PIB ce qui
le place en 48
ème
posiƟon au niveau mondial mais au 1
er
rang dans le monde arabe avec une densité de 80,70 Dol‐
lars par tête (71
ème
rang mondial et 9
ème
dans le Monde
Arabe) ce qui démontre une pénétraƟon relaƟvement
importante dans la populaƟon. Toutefois, on retrouve
toujours le déficit de l’assurance vie des pays émergents,
accentué sans doute en terre d’Islam puisque l’assurance
vie ne représente qu’un peu plus de 30% des encaisse‐
ments alors qu’elle peut aƩeindre jusqu’aux deux Ɵers
dans les marchés à maturité.
Quoiqu’il en soit, ce sont en effet plus de 1800 délégués
qui ont répondu à l’appel du GAIF pour ausculter sous le
soleil de Marrakech le monde de l’assurance et de la réas‐
surance arabe et prescrire des poƟons (magiques ?) pour
assurer la poursuite de sa croissance dans les deux ans à
venir. Ceci représente une augmentaƟon de 12,5% de la
fréquentaƟon par rapport à la dernière édiƟon en mai
2010 en Jordanie au bord de la Mer Morte. Plus de 60
pays étaient représentés dont certains en dehors de la
zone, avec un fort conƟngent britannique (180) suivi très
loin par la France (77) ainsi que la Suisse et l’Allemagne.
On note également l’arrivée de l’Inde en 5
ème
posiƟon des
pays hors région soulignant l’implicaƟon croissante de ce
pays dans les échanges de service financiers avec le
Monde.
Comme on peut l’imaginer le printemps arabe était dans
tous les esprits d’autant plus que depuis plus d’un demi‐
siècle, la fédéraƟon a vu le jour en 1964, un seul risque
n’avait jamais inquiété les opérateurs : le risque poli‐
Ɵque ! Les réassureurs étaient tellement tranquilles qu’ils
ne portaient pas grande aƩenƟon à la définiƟon des ga‐
ranƟes « grèves, émeutes et mouvements populaires »
dans les contrats de leurs cédantes et se contentaient de
l’exclusion tradiƟonnelle de la guerre étrangère ; certains
sont allés jusqu’à avouer qu’ils ne tarifiaient même pas la
garanƟe… Il semblerait que tout a changé depuis quinze
mois après que des liƟges locaux se soient fait jour entre
les cédantes et leurs réassureurs, voire entre les réassu‐
reurs entre eux en cas de rétrocession.
(Suite page 32)
Reportage