page 12 - Numéro 270 du 1er juin 2012
Abonnement gratuit sur
RiskAssur-hebdo
- Le Magazine professionnel des Risques et des Assurances
Point de vue
Le Japon se dirige vers 15% d'électricité
d'origine nucléaire en 2030
L
e Japon, dont le gouvernement réfléchit à une nou‐
velle poliƟque énergéƟque du fait de l'accident de
Fukushima, se dirige vers une proporƟon de 15%
d'électricité d'origine nucléaire en 2030, presque deux fois
moins qu'avant, d'après le ministre de l'Environnement.
"15% d'électricité d'origine nucléaire devrait être la base" de
la poliƟque énergéƟque pour 2030, a déclaré vendredi aux
journalistes Goshi Hosono, même si rien n'est encore officiel‐
lement décidé.
Une commission ad hoc du ministère de l'Industrie a présen‐
té quatre opƟons possibles, avec des taux respecƟfs d'élec‐
tricité de source nucléaire de 0%, 15%, 20‐25% et 35%.
15% est le raƟo qui sera aƩeint quasi naturellement si sont
redémarrés les réacteurs existants actuellement stoppés
ayant prouvé leur sécurité, si l'on n'en construit pas de nou‐
veaux et si l'on arrête l'exploitaƟon au bout de 40 ans d'uƟli‐
saƟon (ni avant, ni après).
De ce fait, selon M. Hosono, 15% est la proporƟon jugée la
plus réaliste.
La décision de passer à zéro risquerait quant à elle de susci‐
ter maints débats virulents entre pro et anƟnucléaires tout
en forçant à meƩre les bouchées doubles ou triples sur
d'autres modes de producƟon.
Celle de 20‐25% s'assimilerait à la nécessité de remplacer les
réacteurs arrivant en fin de parcours ou de prolonger leur
durée d'usage, et celle de 35% nécessiterait en outre la cons‐
trucƟon de nouvelles unités, ce qui apparaît difficile à faire
admeƩre pour le moment à une parƟe de la populaƟon trau‐
maƟsée.
Avant le drame de Fukushima, provoqué par le violent
séisme et le gigantesque tsunami qui ont saccagé le nord‐est
de l'archipel le 11 mars 2011, la précédente poliƟque éner‐
géƟque prévoyait un taux de plus de 50% en 2030.
Selon la commission, une proporƟon nucléaire de 15% en
2030 supposerait, outre un redémarrage des réacteurs, un
accroissement à 30% de la part issue des énergies renouve‐
lables (hydraulique, solaire, éolienne, géothermique, etc.)
ainsi qu'une baisse à 40% (contre plus de 60% en 2010) de
celle provenant de centrales thermiques afin de réduire les
rejets de gaz à effet de serre.
A en croire différents sondages, une large majorité de ci‐
toyens nippons, bien que n'exigeant pas l'abandon immédiat
de l'énergie nucléaire, souhaitent une réducƟon substanƟelle
à court terme par rapport au niveau antérieur à l'accident, et
tendant vers une proporƟon nulle à terme.
Avant le désastre de Fukushima, 26% de l'électricité produite
et consommée au Japon était d'origine nucléaire, le pays
ayant alors 54 réacteurs, dont 37 étaient acƟfs lorsqu'est
survenue la catastrophe atomique.
Depuis, à cause de l'accident lui‐même et de sessions de
maintenance indispensables et suivies de tests de résistance
rendus obligatoires, tous les réacteurs ont progressivement
été éteints et aucun remis en exploitaƟon.
Actuellement, la part nucléaire de l'électricité est de facto
égale à zéro et le nombre d'unités abaissé à 50 (les 4 réac‐
teurs ravagés de Fukushima ayant été rayés des registres).
Mais le gouvernement, qui, à l'instar des compagnies d'élec‐
tricités et de nombre d'entrepreneurs, dit redouter une pé‐
nurie de courant et les conséquences négaƟves qu'elle aurait
sur la vie quoƟdienne et l'économie, plaide pour un redémar‐
rage des réacteurs jugés sûrs. Il se heurte toutefois aux réƟ‐
cences d'élus locaux dont l'accord est nécessaire.
La décision finale du gouvernement sur la poliƟque énergé‐
Ɵque à conduire d'ici à 2030 est aƩendue dans le courant de
l'été, comme l'a promis il y a plusieurs mois l'actuel Premier
ministre, Yoshihiko Noda.
TOKYO, 25 mai 2012 (AFP)