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page 32 - Numéro 271 du 8 juin 2012
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Reportage
cas de tensions entre eux.    
Le déclassement de l’Europe ?
 L’Europe est à un 
tournant de son histoire car par‐delà la stagnaƟon 
démographique et un inéluctable vieillissement de sa 
populaƟon  elle est confrontée à de lourds défis à 
relever sur le plan économique avec une croissance 
voisine de zéro, une producƟvité stagnante et le 
poids de la deƩe qui paralyse les iniƟaƟves. La pers‐
pecƟve d’un repli sur soi de certains états membres 
de l’Union Européenne 
ajoute 
encore aux incerƟ‐
tudes. 
Toutefois, l’U.E. dispose d’atouts car, pôle de stabili‐
té poliƟque, elle demeure aujourd’hui la première 
puissance économique et scienƟfique mondiale. Mais 
elle ne saurait espérer conserver son influence, 
même dans ses zones tradiƟonnelles, sans un sursaut 
économique et des avancées significaƟves dans sa 
construcƟon poliƟque. En parƟculier, face à l’en‐
trisme des pays émergents, elle ne pourra conserver 
sa posiƟon de puissance de premier ordre que si ses 
membres parviennent à définir des objecƟfs fédéra‐
teurs pour renforcer la synergie de leurs efforts ce 
qui suppose l’approfondissement de l’intégraƟon 
poliƟque, 
économique 
et 
militaire.          
L’affirmaƟon de nouvelles grandes puissances, aux 
trajectoires toutefois incertaines ?
Les nouvelles 
puissances « émergées » regroupées sous l’acro‐
nyme BRICS depuis l’adjoncƟon de l’Afrique du Sud 
devraient conƟnuer de s’affirmer du fait de leur dy‐
namisme économique et ils conƟnueront de contri‐
buer au bouleversement des équilibres de puissance 
à l’échelle de la planète. Ils devraient entraîner dans 
leur sillage un nombre croissant de pays, notamment 
en Afrique et l’on pourrait sans doute paraphraser 
Alain PeyrefiƩe en se demandant :
« Quand l’Afrique 
se 
réveillera 
»
Toutefois, il reste à démontrer la soutenabilité de 
ceƩe dynamique au‐delà de la décennie en cours, 
notamment en Russie et en Chine où le déclin démo‐
graphique est programmé (on envisage une division 
par deux de leurs taux de croissance respecƟfs).  
Quant à la Chine, sa place prééminente sur l’échi‐
quier mondial y compris sur les plans technologique 
et militaire lui confère une responsabilité parƟcu‐
lière ; selon que les dirigeants uƟliseront ceƩe puis‐
sance pour promouvoir une responsabilité accrue en 
maƟère de gouvernance et de sécurité ou au con‐
traire pour remeƩre en cause agressivement le statu 
quo aura un impact profond sur l’échiquier straté‐
gique 
au 
milieu 
du 
21
ème
siècle.        
Le basculement des grands équilibres géostraté‐
giques vers l’Est et le Sud ?
L’Asie et l’Afrique abrite‐
ront alors 80 % de la populaƟon mondiale et les éco‐
nomies des sept principaux pays émergents(1) com‐
binées représenteront plus de deux fois celles du G7 
au tournant du siècle. Parallèlement le poids écono‐
mique et démographique relaƟf des pays de l’OCDE 
devrait poursuivre son déclin 
(14% de la populaƟon 
mondiale en 2040 et 43% du PIB à l’horizon 2030)
.  
Ces évoluƟons pourraient déboucher sur la consƟtu‐
Ɵon d’un monde mulƟpolaire, ou plus vraisemblable‐
ment « oligopolaire » arƟculé autour de pôles régio‐
naux reposant sur des alliances pragmaƟques à géo‐
métrie variable selon les intérêts en jeu. En effet, 
transcendant les alliances tradiƟonnelles, écono‐
miques ou militaires, on peut imaginer la créaƟon de 
pôles sur des bases idenƟtaires – culturelles, reli‐
gieuses, idéologiques, linguisƟques – et d’intérêts 
communs.  
Vers une désoccidentalisaƟon du monde ?
S’il se con‐
firme, ce qui paraît inéluctable, le déclin de 
l’influence occidentale pourrait déboucher sur la re‐
mise en cause des normes juridiques et poliƟques 
que l’Occident a inspirées ; à tout le moins, elles se‐
ront méƟssées pour refléter des modes de pensée 
différents, inspirées en parƟculier par le monde asia‐
Ɵque. 
L’universalité des droits de l’homme conƟnuera de se 
heurter à la résistance de nombreux états ou acteurs 
transnaƟonaux au nom de principes idenƟtaires ou 
religieux. Pour autant, les revendicaƟons en faveur 
des droits fondamentaux devraient connaître un 
écho croissant à travers le monde, notamment du 
fait de l’avènement d’une classe sociale, plus aisée et 
mieux éduquée, et de l’explosion des technologies de 
l’informaƟon. Le principe démocraƟque devrait con‐
Ɵnuer de s’affirmer comme valeur universelle en dé‐
pit de possibles reflux temporaires localisés. Même si 
des états ne l’ont pas encore reconnu, ce principe est 
partagé par une grande majorité des populaƟons à 
travers le monde mais il est vraisemblable qu’il con‐
naîtra différents modèles différant de la démocraƟe 
libérale 
à 
l’occidentale.   
A l’horizon 2040, la majorité des démocraƟes déve‐
lopperont leur propre concepƟon de l’Etat, des droits 
de l’homme, de la place du religieux (dans une laïcité 
renouvelée ?) et des minorités. Par ailleurs, il ne faut 
pas penser que ce « mouvement démocraƟque » 
(Suite de la page 30)
(Suite page 33)